Concours blanc, Épreuve de français-philosophie, thème: individu et communauté.

Résumé de texte
Consigne :
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Texte
« Il n’existe pas, ne saurait exister de connaissance de soi qui répondrait uniquement à des présupposés théoriques, car l’objet à connaître est un individu qui constitue par rapport à l’ensemble une irrégularité et une exception. Ainsi ce n’est pas la conformité à une norme générale et régulière, mais bien plus son unicité qui fonde l’individu en tant que tel. On ne saurait comprendre l’individu comme une unité qui se répète et serait interchangeable ; il demande à être entendu comme un détail unique dans l’ensemble du corps social, détail qui en dernière analyse ne peut être ni comparé ni catégoriellement reconnu. Certes, l’homme non seulement peut, mais doit être saisi et décrit en tant qu’unité statistique ; faute de quoi il serait impossible d’affirmer quoi que ce soit de général à son sujet. À cet effet il faut le considérer comme une unité comparable à une autre unité. C’est à partir de là qu’a pu naître une anthropologie de portée générale et une psychologie qui traite d’une image abstraite et moyenne de l’homme, d’un homme qui se voit amputé de tous se traits d’individualité. Or, pour la compréhension de l’homme, ce sont ces derniers qui importent le plus. Si je veux comprendre l’homme individuel, je dois laisser de côté toute la connaissance scientifique que j’ai de l’homme moyen, renoncer à toute théorie, pour m’ouvrir, autant que faire se peut, à une confrontation nouvelle et sans préjugé.
Sous l’influence des préjugés et des conditionnements scientifiques, non seulement la psyché, mais aussi l’homme individuel, voire l’événement et le vécu personnels, subissent un nivellement et une distorsion qui les défigurent, réduisant l’image de la réalité aux proportions d’une moyenne. Et que l’on n’aille pas sous-estimer l’efficacité psychologique qui émane d’une image statistique du monde : elle refoule l’individuel au bénéfice d’unités anonymes qui se rassemblent en groupements de masse. C’est-à-dire qu’en lieu et place de l’être individuel et concret surgiront les noms d’organisations, au faîte desquelles figurera la notion abstraite de l’État, incarnant le principe de la réalité politique. Il en résulte immanquablement que la responsabilité morale de l’individu est remplacée par la raison d’État. À la place d’une différenciation morale et spirituelle de l’individu surgit la prospérité publique et l’augmentation du niveau de vie ; dans cette perspective le but et le sens de la vie individuelle (qui, il faut insister, est la seule réelle) ne réside plus dans le développement et la maturation de l’individu, mais dans l’accomplissement d’une raison d’État, imposée à l’homme du dehors, dans la réalisation donc d’un concept abstrait qui a tendance, en définitive, à tirer de lui toute la vie. L’individu se voit privé de plus en plus des décisions morales, de la conduite et de la responsabilité de sa vie ; en contrepartie il sera, en tant qu’unité sociale, régenté, administré, nourri, vêtu, éduqué, logé dans des unités d’habitation confortables et conformes, amusé selon une organisation des loisirs préfabriqués, l’ensemble culminant dans une satisfaction et un bien-être des masses qui constitue le critère idéal.
C’est qu’en effet, dans cette optique, l’individu est d’une importance tellement minime qu’elle en vient même à disparaître, et quiconque veut s’efforcer de soutenir le contraire éprouve la plus grande peine à trouver des arguments. Que veut dire l’importance qu’il attache à sa personne ou aux membres de sa famille, ou à ceux d’entre ses amis qu’il estime particulièrement, sinon qu’elle exprime la subjectivité un peu ridicule de se sentiments ? Que pèsent en effet quelques individus en face de dix mille, de cent mille, ou d’un million d’autres ?
Plus une foule est grande et plus dévalorisé se trouve l’individu. Mais dès que l’individu s’identifie au sentiment écrasant de sa petitesse et de sa futilité, et qu’il en perd le sens de sa vie – qui ne s’épuise pas dans la notion de la prospérité publique ou d’un niveau de vie amélioré-, il est déjà sur le chemin de l’esclavage d’État et il en est même devenu sans le savoir et sans le vouloir le promoteur. Quiconque ne regarde que vers l’extérieur et les grands nombres se dépouille de tout ce qui pourrait l’aider à se défendre contre le témoignage de ses sens et contre sa raison. Or c’est malheureusement ce que le monde entier est en train de faire. On est tellement fasciné pas les vérités statistiques et par les grands nombres que l’on en est comme frappé de stupeur et l’on est tous les jours que le bon Dieu fait renforcé dans le sentiment évident de l’impuissance et du néant de la personnalité individuelle, qui n’est rien puisqu’elle ne représente ni ne personnifie aucune organisation collective. À l’inverse, l’individu qui monte sur la scène du monde, qui devient visible de loin et dont la voix se fait entendre dans un vaste rayon, paraît, aux yeux d’un public sans esprit critique, ostensiblement porté par un certain mouvement de masse ou par une opinion publique, et c’est essentiellement pour cette raison qu’il sera accepté ou combattu. L’expérience a montré que dans ces cas la suggestion collective domine, et dès lors on ne peut plus savoir si le message de l’homme politique est le fruit de son action personnelle, dont il est le seul responsable, ou s’il n’est que le haut-parleur d’une opinion collective.
Dans ces circonstances il n’est que trop compréhensible que l’insécurité du jugement individuel fasse petit à petit tache d’huile et que par suite on s’efforce le plus possible de collectiviser la responsabilité dont l’individu se défait au bénéfice d’un corps constitué. De ce fait l’individu est de plus en plus ravalé à n’être qu’une fonction de la société, et celle-ci en revanche assume la fonction d’être le véritable vecteur de vie, alors qu’au fond elle n’est qu’une idée comme l’Etat. La société, comme l’Etat, se trouve hypostasiée (c’est-à-dire substantifiés et pourvue d’une existence autonome). L’Etat en particulier se transforme de ce fait quasiment en une personnalité vivante dont on attend tout. En réalité l’Etat n’est qu’un camouflage qu’utilisent les individus qui le manipulent. »
Carl-Gustave Jung, Présent et avenir, Paris, Buchet/Chastel, 2022, pp. 13-21.
Dissertation
Sujet :
« Dans son livre, Présent et avenir, Carl-Gustave Jung affirme que :
« L’individu est de plus en plus ravalé à n’être qu’une fonction de la société, et celle-ci en revanche assume la fonction d’être le véritable vecteur de vie. »
Vous commenterez et discuterez l’affirmation ci-dessus à la lumière de votre lecture des œuvres inscrites au programme. »