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Présentation de “La Supplication” de Svetlana ALEXIEVITCH

Thème de français-philosophie des CPGE scientifiques pour l'année 2021-2022: "L'enfance"

Oeuvres au programme:


                                         

Profils des oeuvres au programme de l'année 2021-2022 des CPGE scientifiques (thème: L'Enfance)

                                                               

PLAN

  1. Notes sur la vie de l’autrice: Svetlana ALEXIEVITCH
  2. Technique d’écriture
  3. Contexte de La Supplication
  4. Structure de La Supplication

Notes sur la vie de l’autrice: Svetlana ALEXIEVITCH

Svetlana ALEXIEVITCH
(31 mai 1948…)

Svetlana ALEXIEVITCH
(31 mai 1948…)

Prix Nobel de littérature en 2015

Svetlana Alexandrovna ALEXIEVITCH est née le 31 mai 1948 à Stanislav en Ukraine d’un père biélorusse et d’une mère ukrainienne. Elle a passé une grande partie de sa vie en Biélorussie (après le retour de son père (soldat) à son pays natal). Elle a travaillé dans la presse Biélorusse: la revue biélorusse Pravda du Pripiat à Narovlia en
Biélorussie, également dans le Voblast de Homiel (Gomel en langue russe).

Note sur la vie

Publications

  • 1985: La Guerre n’a pas un visage de femme , recueil de témoignages de femmes-soldats dans l’Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale
  • 1990: Les Cercueils de Zinc, recueil de témoignages de soldats (et de leurs familles) ayant combattu en Afghanistan (entre 1979 et 1989)
  • A la suite de la sortie des Cercueils de zinc, certains témoins ont engagé un procès en 1993
    contre ALEXIEVITCH où ils l’ont accusée d’avoir changé leurs propos; l’autrice a été acquittée.
  • 1995: Les Ensorcelés par la mort , recueil de témoignages portant sur la tentation de suicide qu’éprouvent certains Soviétiques après la chute de l’URSS
  • 1997: La Supplication, recueil de témoignages autour de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.
  • 2013: La fin de l’homme rouge ou le Temps du désenchantement , recueil de témoignages de personnes soviétiques ayant été bouleversés par la fin de l’URSS: perte identitaire générée par la fin d’un idéal. catastrophe de Tchernobyl, témoignages collectés une dizaine d’années après le drame. (voir la page 30)
  • La Supplication ne répond pas exactement aux normes d’une chronique bien que l’on ait indiqué en sous-titre qu’il s’agit d’une chronique et ce pour la simple et bonne que les textes ne respectent pas un ordre chronologique.
La supplication : Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse : récit  - Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse - Svetlana Alexievitch  - 9782290135990 - Espace Culturel E.Leclerc
La Supplication
  • Svetlana ALEXIEVITCH relègue au seconde plan la dimension historique sans pour autant la négliger totalement. Ce qui l’intéresse, ce sont plus les émotions des témoins que les événements en soi. Elle cherche à « reconstituer les sentiments et non les événements. » (P. 31)
  • L’autrice cherche , au-delà de l’événement en soi, à mettre en lumière l’effet émotionnel de ce dernier sur les contemporains de la catastrophe , elle revient sur le vécu des gens lors du drame.
  • Le témoignage est le canal par lequel passe la voix des sans-voix: à travers La Supplication, l’autrice libère la parole, déchire le voile du silence longtemps imposé par le parti communiste, et met en place un mode d’expression qui est aux antipodes des enjeux de la propagande du
    régime soviétique.
  • La réécriture des témoignages vient après un travail de collecte (de 500 à 700 témoignages) suivi de leur tri et leur organisation selon la vision de l’autrice.

Contexte de La Supplication

Contexte historique (suite)

Le 26 avril 1986, à 1h23, une série d’explosions détruisit le réacteur et le bâtiment de la quatrième tranche de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Cet accident est devenu la plus grande catastrophe technologique du XXe siècle.

La Supplication de Svetlana ALEXIEVITCH se base principalement sur un événement centrale dans l’Histoire de URSS à savoir la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Mais, sa publication dix ans après le drame situe le texte par rapport à d’autres événements majeurs de l’Histoire de l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) :

  • l’intervention des Soviétiques en Afghanistan contre les moudjahidins soutenus par Les États-Unis d’Amérique (de 1979 à 1989);
  • ainsi que la dissolution de l’URSS, le 25 décembre 1991, annoncée par la démission de GORBACHEV (voir la diapositive suivante).

Structure de La Supplication

TitreSous-titre
La SupplicationChronique d’un monde après l’apocalypse
Le terme supplication signifie prière mais c’est une prière qui se veut instante (vive et pressante) et humble.
Le terme en question revient à plusieurs reprises dans le livre de Svetlana ALEXIEVITCH (voir les pages : 29, 246, 250).
Le même terme n’est pas sans rapport avec le thème de l’année à savoir « La Force de vivre » en ce sens que la supplication en tant
que sollicitation pressante de Dieu ou de l’Homme suggère (c’est juste une première hypothèse de sens) que la force de vivre du même est parfois à puiser chez Dieu ou l’autre, qu’on ne peut se maintenir en vie sans leur
secours et aide.
Chronique: Svetlana ALEXIEVITCH présente, à partir du sous-titre, son livre aux lecteurs comme étant une chronique alors qu’une chronique
proprement dite se doit de respecter l’ordre chronologique, ce qui, évidemment, loin d’être le cas de La Supplication où les témoignages suivent un
tout autre ordre en se conformation à la vision de l’autrice.
Un monde après l’apocalypse: cette seconde composante du sous-titre (qui joue le rôle de complément du nom « chronique ») en dit long sur l’ampleur de la catastrophe de Tchernobyl, comparée ici à la fin du monde. Toutefois, c’est une fin du monde qui n’en est pas une et ce du moment qu’il ne saurait y avoir de monde après la fin du monde: est-ce à dire que la « force de vivre » de l’Homme est au-dessus de tous les cataclysmes qui tentent de précipiter sa fin? (Deuxième hypothèse de sens)
A propos du titre

D’après Svetlana ALEXIEVITCH, le genre littéraire de La Supplication est celui d’un « roman à voix » ou une « collection de témoignages ». Sur le plan structurel, l’œuvre en question combinent de longs monologues avec de courts extraits de témoignages qui forme une sorte de chœur. Aussi est-elle divisible en trois grande parties: d’abord le prologue et la conclusion (constitués de deux témoignages de deux vieilles en plus d’un entretien accordé par l’autrice à elle-même) ensuite le corps du texte (qui comporte l’ensemble des monologues et chœurs) enfin les deux éléments à caractère factuel: Information historique et En guise d’épilogue.

Parties du texteContenus
Prologue (11-33) + Conclusion (237-250)
Prologue: Une voix solitaire (11-30)Il s’agit du témoignage d’une veuve habitant Pripiat, épouse d’un sapeur-pompier mort à cause de la radiation. Elle y rapporte le grand
amour qu’elle porte pour le défunt ainsi que les derniers moments qu’elle a passés après de son
mari agonisant et ce en narguant la menace de contamination. Laquelle contamination a eu raison de sa fille morte quatre heures après sa
naissance.
Prologue: Interview de l’auteur par
elle-même sur l’histoire manquée (30-33)
C’est l’autrice elle-même qui, en se
dédoublant: elle est en même temps
intervieweuse et interviewée, nous définit l’objet de son livre: La Supplication ainsi: « – Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du
monde de Tchernobyl, justement ce que nous connaissons peu. De ce dont nous ne connaissons presque rien. Une histoire manquée:
voilà comment j’aurais pu l’intituler. » (P.30)
Dit autrement, l’intention
d’ALEXIEVITCH n’est nullement de traiter de l’événement en soi (la catastrophe nucléaire de Tchernobyl), mais plutôt du monde de Tchernobyl: de donner la parole à ceux qui constituent ledit monde et qui sont les mieux placés pour dire le drame de Tchernobyl à travers leurs ressentis « reconstituer les sentiments et non les événements »(P.31), les différentes manières de vivre et de survivre audit drame.
En procédant ainsi, l’autrice tire au clair ce que l’Histoire officielle et la propagande tentent de dissimuler par tous les moyens:
ALEXIEVITCH cherche alors à réhabiliter « une histoire manquée » et partant à rétablir l’histoire. Le propos de l’écrivaine ne serait autre que de corriger une image donnée par la propagande, récupérer l’histoire individuelle et collective, rendre hommage aux morts et mettre en lumière la souffrance des vivants.
Conclusion: Une autre voix solitaire (237-250)Nous assistons dans la conclusion au témoignage d’une autre veuve, bibliothécaire et épouse d’un liquidateur. Il nous y rapporte
l’amour démesuré qu’elle voue à son époux grièvement affecté de la radiation. Laquelle radiation ne l’a pas découragée et le risque de contamination n’a en rien altéré son amour qui l’a maintenue auprès de l’homme de sa vie dont le corps ne cesse de se désagréger jour après jour et ce pendant toute une année. Leur fils, handicapé, garde espoir en un retour possible de son père et prie pour cela (la prière ici n’est pas sans référer au titre de l’oeuvre: La Supplication)
Corps du texte1. La terre des morts(35-88)
2. La couronne de la création (89-152)
3. Admiration de la tristesse (153-235)
1. La terre des morts(35-88)Les témoignages regroupés dans cette partie sont tous sous forme de monologues, couronnés par « Le Chœur des soldats ».
Il y est question de parallèles établis entre la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et les guerres: la Seconde guerre mondiale et la guerre d’Afghanistan . On y retrouve également les souffrances endurées (famine, déportation…) par les Soviétiques et dont les auteurs ne sont autres que l’envahissement de l’Union soviétique par les troupes
nazies ainsi que la dictature stalinienne.
2. La couronne de la création (89-152)Cette partie est constituée, à l’instar de la première, d’une suite de monologues se terminant par un « Chœur populaire ». Elle porte principalement sur les enfant qui souffrent de malformations causées par la catastrophe de Tchernobyl.
La besoin de comprendre la catastrophe de Tchernobyl se fait
urgent et hante les gens et s’accentue à cause de la rareté des
documents traitant de ladite catastrophe mis à part les livres sur
Hiroshima et Nagasaki.
La catastrophe y est présentée comme une occasion d’apprendre
à se connaître.
L’inhumanité de l’Homme transparaît, dans cette partie, à travers sa cruauté envers les autres êtres vivants (l’exemple du caniche
qui tente de remonter la fosse, en s’accrochant ainsi à la vie, mais qu’on a repoussé là-dedans et couvert de terre à défaut de balles).
On y revient aussi sur le destin de tout un peuple (Soviétique) voué à un héroïsme, synonyme de devoir à accomplir et ce au prix de la vie.
On y parle aussi de la peur qui s’empare des gens à cause de leur appartenance à un pays où la radiation menace et les générations actuelles et celles futures.
3. Admiration de la tristesse (153-235)La présente partie répond, elle aussi, à la même structure que les deux précédentes: un ensemble de monologues suivis d’un « Chœur des enfants ». On y convoque des ingénieurs, des chef de laboratoire, des historiens, instituteurs…
Certains témoignages évoquent le décalage entre l’image de héros que la presse soviétique « on nous apportait les journaux où l’on écrivait que nous étions des héros! » (p. 162) donne du personnel mobilisé pour évacuer les zones contaminées et
procéder à leur nettoyage et la réalité dudit personnel qui travaille avec un matériel défectueux (les « dosimètres n’étaient pas chargés (…) En réalité, il s’agissait de vieux instruments de silicium, restés dans les entrepôts pendant près d’un demi-siècle.» (p. 162) et des moyens moyenâgeux (la pelle considérée ironiquement comme « la meilleure arme antinucléaire » (p. 158) et ce dans des conditions invivables.
Le regard porté sur la catastrophe nucléaire par les scientifiques et les intellectuels et on ne peut plus éclairant et favorise la compréhension de ladite catastrophe.
Information historique (7-9)
+
En guise d’épilogue (251)
Ces deux éléments situés aux extrémités de l’œuvre de Svetlana ALEXIEVITCH: ils en occupent ainsi la périphérie alors que le corps du texte, lui, en occupe le centre. Les deux éléments en questions se font échos car ils sont constitués d’extraits de la presse écrite et leurs
contenus sont à caractère factuel.
Information historique (7-9)Il s’agit ici de quatre extraits de journaux et d’une encyclopédie offrant des informations (données réelles) sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.
En guise d’épilogue (251)Cet élément, qui clôt La Supplication, tient lieu d’une sorte d’invitation (à caractère publicitaire et ce puisqu’il s’agit d’une annonce publiée dans un journal) à visiter Tchernobyl.

Chœur:

  1. Dans le théâtre grecque, le chœur est un personnage qui présente l’action et en commente le développement.
  2. Ensemble réuni pour une expression vocale collective.
  3. Groupe de personnes s’accordant sur les mêmes opinions…

Monologue:

  1. Dans le lexique théâtral, c’est le discours qu’un personnage, seul sur scène, adresse à lui-même.
  2. Discours d’une personne qui parle sans attendre de réponse ou sans laisser répondre ses interlocuteurs.

Apocalypse:

Dans le texte biblique, l’Apocalypse est la dernier livre du Nouveau Testament et donc de la Bible des chrétiens. Il décrit l’histoire du monde et la fin du monde.

Factuel

Réel, observable, qui se rapporte au fait.

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